Synthèse de la conférence de Christian Hoffmann et Roland Chemama

Synthèse de la conférence de Christian Hoffmann et Roland Chemama 

du lundi 2 mars 2020

Sur « trauma dans la civilisation : du terrorisme à la guerre des identités »

 

« Trauma dans la civilisation. Terrorisme et Guerre des identités » est un livre sur le terrorisme islamiste contemporain, le conflit des identités qui en est le terreau et la guerre à laquelle il conduit, sans être un livre de géopolitique.

Leurs auteurs, Christian Hoffmann et Roland Chemama, évitent en effet de psychologiser le phénomène terroriste qui relève de la seule idéologie et contribue à l’histoire du terrorisme contemporain autrement, en mobilisant certes les catégories psychanalytiques (freudiennes, ferencziennes et lacaniennes) mais pour investir la question du traumatisme des populations qu’il pose, sa dimension psychologique et affective.

Leur diagnostic, né d’une prise en charge des victimes des attentats du 13 novembre 2015 en France (le Bataclan) : avec le terrorisme contemporain est né non seulement une clinique nouvelle de ce qu’on appelle le « traumatisme », mais aussi une nouvelle forme de subjectivité (un sujet « post attentat »)

Leur projet : éclairer les mécanismes du traumatisme dans le contexte de la « guerre diffuse » (Frédéric Gros), de la guerre permanente, cette guerre particulière qui, contrairement à la guerre classique, n’a pas d’éthique de la guerre, ni de politique de la guerre, ni de lois de la guerre, que nous vivons aujourd’hui et examiner la possibilité d’en diminuer les effets, ou mieux, de les traiter.

On retiendra de ce matériel clinique, concernant le traumatisme :

  1. L’automatisme mental comme automatisme de représentation et de pensée inhérent au trauma.
  2. Le clivage dans le vécu traumatique entre la part sensible de la victime et la part qui sait et ne sent rien.
  3. L’apparition du traumatisme post attentat sur fond d’autres traumatismes et en particulier celui de la Shoah.
  4. Le traumatisme comme non repéré comme tel par les victimes.

De la terreur contemporaine, les auteurs ont tiré une réflexion psychanalytique plus large sur la symbolique et ses effets aujourd’hui, sur la pulsion de mort freudienne aussi, retrouvée à l’œuvre dans le phénomène étudié.

On aurait tort de croire la portée du livre limitée : nous sommes tous, selon les auteurs, assujettis au traumatisme aujourd’hui. Et non seulement, pour ce qui est de la France, les deux dernières années du quinquennat du Président Macron (l’ensauvagement de la société) montre que quelque chose est resté inanalysé, que quelque chose n’a pas été dit, symbolisé aujourd’hui de cette terreur.

Mais plus largement, pour ce qui est de la civilisation occidentale elle-même, le nouveau « malaise » qui y sévit, la menace d’une fondamentale désintégration.