Présentation de l’ouvrage : Juifs d’Algérie, Une histoire de ruptures

Description: 

L’ouvrage Juifs d’Algérie. Une histoire de ruptures, co édité par Joëlle Allouche-Bneayoun et Geneviève Dermenjian (PUP, 2015) présente diverses facettes de l’histoire et de la vie des Juifs d’Algérie de 1830 à 1962.

Il a fait appel à des spécialistes de diverses disciplines. Il montre comment, pendant la période française (1830-1962), la population juive d’Algérie s’est transformée par un processus social et politique d’accès à la citoyenneté. Ce processus continu fut largement troublé d’une part par l’hostilité plus ou moins ponctuelle des Français, des Européens de la colonie et des Musulmans, et d’autre part par les polémiques incessantes qui ont accompagné ce passage progressif d’un groupe d’indigènes colonisés en citoyens de la République française.

Sans concertation préalable entre les auteurs, tous les textes  de ce recueil abordent les moments forts de l’histoire contemporaine des Juifs d’Algérie, ceux qui ont façonné durablement leur identité : le décret Crémieux (1870), les émeutes de Constantine (1934), l’« antijudaïsme » des Français, des Européens d’Algérie et des Musulmans, un racisme qui culmina sous le régime pétainiste de Vichy avec son lot d’exclusions scolaires et professionnelles, la rupture d’avec la terre natale (1962).

L’ouvrage analyse successivement l’évolution du statut des Juifs entre 1830 (où ils ne sont que des dhimmis) et le décret Crémieux de naturalisation collective de 1870 (Joëlle Allouche-Benayoun, Denis Charbit), la « mission civilisatrice de la France » qui s’est accompagnée de leur attachement progressif puis définitif à la France (Valérie Assan), l’importance à travers le temps de l’« antijudaïsme » et de l’antisémitisme (Geneviève Dermenjian, Jean-Pierre Lledo) et le positionnement des Juifs de France et d’Algérie face à cette haine et cette passion exacerbée contre « le Décret » (Ethan Katz, Denis Charbit). Leur inscription dans la sphère française aux XIXe-XXe siècles fait d’objet d’études de cas : les rabbins (Valérie Assan), les Juifs de Constantine (Philippe Danan), les interprètes juifs de l’Armée française (Sabrina Dufourmont), la vie quotidienne (Danièle Agou-Iancu). La période de la Deuxième Guerre mondiale est abordée à travers les camps d’internement sur le sol algérien (Jacob Oliel) et la présence de Juifs d’Algérie à Marseille, raflés en 1943 et assassinés à Sobibor (Renée Dray-Bensoussan) ; celle de la Guerre d’Algérie, plus particulièrement à travers l’étude des relations entre Juifs et musulmans (Ethan Katz), l’antisémitisme (Jean-Pierre Lledo), les souvenirs des dernières années sur place (Benjamin Stora, René-Samuel Sirat).

Qu’en est-il de l’immigration des Juifs d’Algérie vers Israël (Eliezer ben Rafael)? Pour ces Juifs en cours de francisation tout au long du XIXe siècle, l’idée politique sioniste eut peu de prise alors même que l’Israël biblique, la Terre promise,  était l’horizon indépassable de leur identité religieuse (plusieurs rabbins y émigrèrent alors pour y finir leur vie). Mais c’est de France aujourd’hui que leurs descendants de la deuxième, voire de la troisième génération partent s’y installer.

Transmissions et mémoires constituent l’arrière-plan de l’être-au-monde des Juifs d’Algérie,  dans les engagements et les valeurs des femmes (Annie Stora-Lamarre), dans la traduction littéraire de l’exil (Danièle Dahan-Feucht), dans leur volonté ressentie comme une nécessité de lieux de mémoire, fussent-ils virtuels (Jean-Paul Durand), dans leurs témoignages, tout à la fois douloureux et porteurs d’espoirs, sur la mémoire conservée de l’Algérie (Annie Stora-Lamarre, René-Samuel Sirat), sur la conscience du temps long de l’ancrage sur place et le sentiment d’une appartenance forte à une communauté (Benjamin Stora).

 

Les textes proposés font revivre leurs identités plurielles : citoyens français, ils revendiquent leur judéité inscrite dans la sphère séfarade, imprégnée de culture berbéro-arabe. Ces textes de statut divers ont l’avantage de varier les angles de vue, de n’exclure aucune voix concernée par des faits encore récents à l’échelle de l’histoire, de mettre en valeur l’intime que l’Histoire avec grand H abandonne à l'oubli, tout en soulevant des questions toujours sensibles ; ils proposent en toute rigueur une photographie actuelle de l’historiographie  des Juifs d’Algérie et renouvellent en partie les savoirs.

 

Informations complémentaires: 

Entrée gratuite mais inscription sur : m.cohen@instituteliewiesel.com

Date(s): 
Lundi, 18 Janvier, 2016 - 19:30
Référence:
Soirée thématique 2015
Prix: 
0,00 €
Prix étudiant: 
0,00 €