Israël 2017 : fracture ou consensus ?

A l'aube du XXIème siècle, la société israélienne reste profondément complexe avec ses clivages, ses hésitations, ses débats et ses doutes. C'est le lot de toutes les sociétés démocratiques où règnent par définition une circulation d'idées et de projets. Seules les sociétés totalitaires affichent une unité de façade qui s'effondre qui des crises graves. Telle est la réflexion d'un éminent chercheur israélien Ilan Greilsammer, professeur de sciences politiques à l'Université Bar Ilan et enseignant invité à l'Institut Elie Wiesel de Paris. Depuis de nombreuses, Greilsammer analyse le dilemme fondamental de la société israélienne : comment gérer les fractures tout en préservant la pluralité des doctrines ? Comment assurer l'unité nationale dans le respect des différences et des dissidences ? Greilsammer s'intéresse non seulement aux années héroïques de la formation de l'Etat mais aussi à l'époque contemporaine. Il définit la société israélienne comme un collectif extrêmement hétérogène. Certes les citoyens sont unis derrière l'armée de défense d'Israël pour sa défense et sa survie. Mais le pays présente des lignes de clivage très diverses. Des forces centrifuges de séparation, de dispersion, de remise en cause sont perpétuellement en mouvement. Les anciens clivages sont connus : opposition entre la majorité juive et la minorité arabe, entre religieux et laïcs, entre juifs d'origine européenne et juifs d'origine orientale et méditerranéenne, entre antagonisme idéologique, entre défenseur de la libre entreprise capitaliste et avocat de la cause socialiste. Greilsammer accorde une importance considérable à la problématique des minorités non juives : arabes israéliens (musulmans sunite et chrétiens), Druzes, Circaciens, Arméniens, descendants des travailleurs immigrés installés définitivement dans le pays. Ensemble ces minorités non juives représentent 20 % de la population totale de l'Etat et ne se reconnaissent absolument pas dans la définition d'Israël comme état juif. Pour beaucoup d'entre eux, Israël devrait changer de définition et se proclamer tout simplement l'état de tous ses citoyens mettant fin ainsi au rôle de l'idéal sioniste dans la formation nationale. Ce débat concernant la nature de l'Etat oppose deux visions profondément antagonistes du devenir israélien : un état juif et sioniste, pôle de rassemblement du peuple juif dans sa terre natale ou un banal état pluraliste ou le rêve de Théodore Herzl serait jeté aux poubelles de l'histoire. Pour Greilsammer, d'autres clivages, d'autres lignes de faille, des nouveaux débats surgissent au XXIème siècle opposant différentes vision de la future société israélienne en matière de culture, de mœurs, de spiritualité. Ce qui conduit le sociologue israélien à l'interroger : où va la société israélienne dans ce début du XXIème siècle ? Arrivera-t-elle à devenir une communauté nationale plus soudée, rassemblée, fédérée autour de valeurs communes ou deviendra-t-elle le lieu de nouvelle scission, le théâtre de nouvelles confrontations doctrinales opposant les tenants des modèles opposés des civilisations.

Cours d'Ilan Greilsammer : "Israël à l'aube du XXIème siècle : paradoxe d'une société plurielle" 20-21-22-23 Février 2017 de 19h30 à 21h – Institut Elie Wiesel 119 rue la Fayette 75010 Paris)

L'histoire d'Israël est en train de se construire