Elie Wiesel - hommage

Il y a maintenant 92 ans, le 30 septembre 1928, naissait Élie Wiesel qui nous a quittés le 2 juillet 2016.

A l’heure du procès des attentats de janvier 2015, contre Charlie Hebdo, la policière de Montrouge, l’Hyper Cacher de la porte de Vincennes, à l’heure où un terroriste islamique a tenté d’assassiner deux journalistes, à l’heure où un rappeur négationniste et antisémite fait l’apologie d’Hitler et de l’État islamique, à l’heure d’une pandémie mondiale, la tentation est forte du repli sur soi.

Comme tout fidèle d’un penseur et d’un maître, nous puisons dans le message humaniste D’Élie Wiesel, sa volonté de faire siennes les grandes causes humanitaires et de choisir comme paradigme le choix de l’universalisme face à la tentation du repli identitaire.

 

 

Oui toute l’œuvre de Wiesel nous invite à résister contre vents et marées. C’est un combat entre la culture et la barbarie, un combat que l’Institut Universitaire Élie Wiesel de Paris, par ses cours, ses conférences « les lundis de Wiesel », ses colloques et les Moocs de l’UNEEJ (UNEEJ.COM - Université Numérique Européenne des Études Juives), mènent avec la plus grande fidélité à l’esprit de l’éminent écrivain, du témoin passionné et engagé des pages les plus dramatiques de l’histoire contemporaine.

L’horreur de la Shoah ne fut pas l’œuvre de quelques forcenés illettrés et archaïques. Elle a été rendue possible par le génie maléfique de nombreux savants et intellectuels y compris des physiciens, des chimistes, des médecins, des biologistes, des philosophes. Cette responsabilité incontestable du monde de la science, de l’art et de la pensée avec l’une des expériences les plus inhumaines de l’histoire de la civilisation, poussera Élie Wiesel à dénoncer dans ses premiers ouvrages la cruauté des bourreaux et la complaisance lâche et indifférente des spectateurs du drame.

Mais son engagement ne se cantonnera pas à la seule tragédie de son peuple. Il dénoncera avec énergie et passion tous les génocides de l’histoire moderne, tous les attentats contre les droits des hommes et des peuples, toutes les formes de terreur et de barbarie depuis l’Arménie martyrisée et oubliée jusqu’au peuple de l’ancienne Yougoslavie et les victimes de l’Afrique Centrale. Devenu lauréat du Prix Nobel de la Paix 1986, Élie Wiesel s’engage dans une entreprise audacieuse et inédite : unir les grandes personnalités planétaires de l’esprit dans une action commune pour la paix et pour les Droits de l’Homme. Ce fut l’origine de l’organisation d’une grande conférence qui a réuni en 1988, soixante-seize lauréats du Prix Nobel pour réfléchir à l’avenir de la planète. Dans la vision wieselienne, il n’y a pas de place pour l’indifférence, le silence, la complaisance à l’égard des persécuteurs.

Il appréciait le rôle de vigie de Charlie Hebdo et avait apporté son soutien en 2008 à Philippe Val, son directeur d’alors.

Élie Wiesel n’est plus là mais son esprit est toujours au cœur de notre projet et de notre rêve : transmettre le savoir judaïque, être un carrefour de créativité intellectuelle et scientifique voué à la connaissance de la civilisation du judaïsme dans toutes ses dimensions : philosophie, théologie, éthique ; histoire de l’art, du théâtre, de la musique ; études bibliques et talmudiques ; Midrash et kabbale ; droit hébraïque, économie, épistémologie et histoire des sciences ; langues et littératures des sociétés juives ; histoire et archéologie.

« Le Maître qui n'enseigne pas est comme le prophète qui refuse sa mission prophétique. Il est fautif, car il empêche la vérité de s'accomplir. »

Pour nous, fidèles à ce message, l’enseignement, la recherche, la réflexion philosophique et sociale ne sont pas des outils de division et d’affrontement entre les cultures, les peuples, les religions, les sociétés. Bien au contraire, enseigner, c’est fédérer et rassembler les esprits autour d’une quête collective de la connaissance, selon la lumineuse et profonde idée wieselienne : « L’étude existe pour approcher les hommes, non pour les séparer. Elle existe pour honorer l’humanité de l’homme et non pour la dénigrer ».

C’est dans le sillage de cette philosophie du judaïsme humaniste et universaliste, fidèle aux valeurs d’une tradition millénaire et ouverte aux défis du monde moderne que nous nous situons.

Élie Wiesel restera à tout jamais pour nous un intellectuel qui a marqué son temps, notre temps, un passeur entre les mémoires, entre les cultures, entre les récits de l’histoire.