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Editeur: 
Année de publication: 
2018
Description: 

Entre 1939 et 1945, le meurtre systématique de près de 90 % de plus de trois millions de juifs polonais laisse exsangue l’une des communautés juives les plus florissantes du monde d’avantguerre.
Les dizaines de milliers de survivants font alors face à l’incompréhensible : la persistance d’un antisémitisme après Auschwitz. Craignant
leurs voisins polonais mais fuyant aussi le nouveau régime socialiste, plus de la moitié des juifs rescapés choisirent les
chemins de l’exil. Que devinrent ceux qui restèrent dans une Pologne devenue communiste ? Ce livre retrace l’histoire
oubliée de ces survivants et de leur descendance, à travers la manière dont ils ont été perçus par la société et les autorités polonaises. Entre assimilation systématique, efforts pour préserver la mémoire juive et rejet récurrent lors de soubresauts à caractère antisémite, les
débats demeurent toujours vifs sur les relations polono-juives. 

 

Auteur(s) : Audrey Kichelewski est maitresse de conférences en histoire contemporaine à l’Université de Strasbourg. Ses travaux portent sur l’histoire des Juifs polonais, la mémoire de la Shoah en France et en Pologne et la justice post-génocidaire en Pologne communiste.

 

Préface, par Jan T. Gross, professeur émérite à l’université de
Princeton
Sur les 3,3 millions de juifs vivant en Pologne à la veille de la Seconde Guerre mondiale, près
de 3 millions furent tués durant la Shoah. Les autres, pour la plupart, survécurent en URSS d’où ils
furent rapatriés immédiatement après la guerre puis, en 1956, pendant une période de déstalinisation
et de brève libéralisation du régime soviétique. Dans la Pologne sous occupation allemande, seuls
40 000 à 80 000 juifs parvinrent à rester en vie jusqu’à la fin du conflit. Par la suite, par l’émigration ou
la fuite, quasiment tous les juifs polonais quittèrent leur pays d’origine par vagues successives – en
1946-1947, pour la première et la plus importante, puis en 1956, et encore en 1968. Et cependant,
comme la douleur fantôme d’un membre amputé qui continue d’irradier le corps, les juifs polonais sont
demeurés un thème de référence récurrent dans l’histoire polonaise d’après-guerre. Dans son
excellent ouvrage, Audrey Kichelewski a redonné vie à cette présence fantomatique des Juifs.
Ce livre est la première monographie au monde à présenter de manière systématique
l’histoire des juifs de Pologne après 1945. Il offre un panorama des réseaux institutionnels au sein
desquels les survivants du judaïsme polonais ont organisé leur vie collective après la Shoah. Audrey
Kichelewski suit l’évolution de cet environnement à travers le temps, à mesure que l’importance
numérique des Juifs diminue et que la politique du Parti communiste fluctue au gré des directives
provenant d’Union soviétique.
Plus important encore, elle donne du relief à la « question juive » en Pologne à plusieurs moments
charnières de l’histoire du pays. En dépit de la très faible taille de la communauté après 1945, cette
question est revenue régulièrement à la surface à l’occasion des crises politiques de la démocratie
populaire. En Pologne, le passé n’est pas une contrée étrangère, et en ce qui concerne les Juifs, il
s’avère que ce passé ne passe pas.
Le récit se déroule de manière continue, avec pour point de départ le pogrom de Kielce :
l’assassinat de plus de quarante survivants de la Shoah à peine un an après la fin de la guerre, lors
d’une séquence de violence de masse frénétique qui a submergé une capitale provinciale du centre
du pays, le 4 juillet 1946. Plus d’une centaine de milliers de Juifs durent, pour sauver leur vie, trouver
un abri dans les camps américains de personnes déplacées (DPs) situés… en Allemagne occupée.
Puis vint la crise de la déstalinisation, en 1956, qui entraîna la vague suivante d’émigration de
survivants de la Shoah, cette fois principalement vers Israël. Douze ans plus tard, l’épisode le plus
frappant analysé dans ce livre s’est déroulé dans le contexte d’une campagne antisioniste, en 1967-
1968, qui culmine avec les événements dits de « Mars 68 » qui entraînèrent une vague d’émigration
vers les pays scandinaves, les États-Unis, le Canada et l’Australie (ainsi que vers Israël), de la partie
la plus intégrée des Juifs polonais qui, en majorité, ne se reconnaissait pas du tout dans une identité
juive.
Historienne hors pair, Audrey Kichelewski connaît intimement son sujet ; elle écrit avec grand
talent, empathie et intelligence. Mais plus encore, avec son récit, elle ouvre la porte à une histoire en
marche qui, j’en suis convaincu, va périodiquement refaire surface en Europe de l’Est jusqu’à ce que
les diverses composantes de la région regardent en face les séquelles de la complicité de leurs
ancêtres dans la destruction de leurs concitoyens juifs durant la Shoah.
J’écris cette courte préface en mars 2018, alors que la Pologne est aux prises avec un intense
débat national et un scandale international lié à la volonté d’un parti nationaliste au pouvoir d’essayer
de criminaliser, au moyen d’une nouvelle loi, la moindre allusion à une telle complicité. Si certains
chapitres de son histoire sont jugés dignes d’être falsifiés par un État européen supposé libre et
démocratique, il nous incombe, il me semble, en tant que qu’Européens, d’en tirer les leçons. Audrey
Kichelewski nous raconte une part importante de cette histoire en détaillant comment les derniers
survivants du judaïsme polonais ont tenté de reconstruire une vie communautaire après la guerre.
Varsovie, le 15 mars 2018

Informations complémentaires: 

POINTS FORTS : 

• L’histoire oubliée des survivants juifs polonais et de leur descendance
• Des débats toujours vifs et d’actualité
• Un texte important qui paraît alors qu’une loi controversée sur la Shoah en Pologne vient d’être
promulguée par le président polonais
• Préface de Jan T. Gross, spécialiste de la mémoire des relations judéo-polonaises